Workshop LeMOOC 30 juin 2013

Synthèse

MOOC est l’acronyme anglais de “Massive Open Online Courses”. Ce terme désigne ainsi des cours en ligne ouverts à tous sur internet et pouvant, de ce fait, attirer plusieurs milliers voire plusieurs centaines de milliers de participants, dans certains cas.

Face à la vague déferlante de Moocs anglo-saxons, qui ont rencontré, en quelques mois, un succès mondial, des acteurs français et européens ont réagi et lancé leurs premières initiatives. Ils se sont rassemblés, pour partager leurs expériences et identifier ensemble de nouvelles opportunités, lors de ce premier workshop “Le Mooc” organisé par le GT LL (groupe Thématique Logiciel Libre) de Systematic, avec le soutien d’Inria, de l’IRILL, des universités Paris 6 et Paris 7, et de la société Abilian.

Le workshop était organisé en quatre parties, couvrant ainsi les différentes dimensions des MOOC :

  1. Keynotes

    • Catherine Mongenet, Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche
    • Kirsten Winkler (Winkler Media /Edukwest)
  2. Aspects économiques et industriels

  3. Aspects pédagogiques et sociaux

    • Mathieu Cisel (ENS Cachan): MOOC: quelles pédagogies pour quels objectifs?
    • Christian Queinnec (Université Paris 6): La correction automatisée dans les MOOC
  4. Aspects technologiques

    • Stefane Fermigier (Abilian): un MOOC c'est un réseau social
    • Alberto Abella (UNED): Openmooc: Is good to be open?
  5. Retours d'expérience

    • Jingjing Xu (Nexedi): MOOC OSOE (One Student One ERP) based on ERP5
    • Remi Bachelet (EC Lille): Conception et gestion d'un MOOC: retours sur le xMOOC "gestion de projet"
    • Hubert Kadima (EISTI): Le MOOC du projet IDEFI PLACIS(Plateforme Collaborative en Ingénierie Système)

Ce workshop fut inauguré par Catherine Mongenet du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche et conclu par Roberto Di Cosmo, professeur à l’université Paris 7.

Résumés des Présentations

Keynotes

Keynote d’ouverture : Catherine Mongenet, Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche

Dans son discours d’ouverture du workshop, Catherine Mongenet présente le contexte général des MOOCs, vu du ministère. Les MOOCs ont leur place dans l’initiative France Universités Numériques (FUN) et le Ministère souhaite impulser ce mouvement et fédérer les projets en cours. Dans ce cadre, son objectif principal est d’accompagner toutes les initiatives et les acteurs de l’enseignement supérieur dans la réalisation de leurs projets numériques afin que tous gagnent en visibilité. Le ministère souhaite également catalyser les différentes initiatives et mutualiser, lorsque c’est possible, les investissements et les outils.

Pour le ministère, la place du numérique est au coeur des formations, à la fois en présentiel et à distance.

Catherine Mongenet évoque également la grande richesse de la thématique numérique, qui recouvre un certain nombre de sujets très intéressants : le développement de services numériques, la mise à disposition de ressources pédagogiques, l’enrichissement des formations en présentiel avec des formation hybrides…

Concernant les enseignants, elle souligne l’importance de la valorisation des activités pédagogiques, particulièrement les plus innovantes. Il est essentiel de mettre à disposition des enseignants des personnes pour les accompagner au mieux dans la réalisation de ces activités. Les acteurs qui travaillent dans les domaines pluridisciplinaires de la recherche doivent impérativement travailler en synergie pour avoir des retours solides sur la qualité d’apprentissage et la réussite des étudiants.

Une communication de la Ministre Geneviève Fioraso devrait avoir lieu début juillet, afin d’annoncer le programme des prochains mois et années à venir.

Keynote de Kirsten Winkler (Winkler Media /Edukwest)

Kirsten Winkler est une bloggeuse spécialisée dans les TICE et la fondatrice du site EdukWest. Elle a travaillé en tant que consultante avec de nombreuses start-ups et s’est souvent entretenue avec les dirigeants des grands consortiums MOOCs.

Sa vision des MOOCs est assez critique : elle cite notamment Stephen Downes, qui explique que ces cours ont été créés pour affaiblir les universités et non pour répondre aux besoins des académiques. On assiste actuellement à une véritable course à la monétisation, comme le prouvent certaines initiatives récentes, comme l’alliance des consortiums avec les maisons d'édition. Tout cela se fait au détriment des étudiants.

Kirsten Winkler évoque également la technologie derrière les MOOCS : elle cite Clay Shirky, pour qui un outil ne devient socialement intéressant qu’une fois qu’il est devenu technologiquement ennuyeux. Elle soulève la question des Big Data et notamment la volonté de Coursera de mettre en place un système de collecte de données biométrique des apprenants. Le partage de ces données se fait pour l’obtention des certificats.

Les MOOCs demandent des centaines d’heures de préparation (400 heures), sans revenu à la clé, et nécessitent des équipes pluridisciplinaires qui comprennent, en plus des professeurs et de leurs assistants, des informaticiens, des ingénieurs, des community managers, etc. Les moyens à déployer sont donc considérables.

Les MOOCs soulèvent de nombreux challenges. Ils concernent notamment la dévaluation des diplômes, le taux d'achèvement, la gestion des big data, le modèle économique…. Mais avoir un modèle d'affaire doit-il vraiment être un des objectifs de ces cours ?

Slides de Kirsten Winkler (PDF)

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Aspects économiques et industriels

Lancelot Pecquet (Will Strategy): les modèles économiques des MOOC

Ancien maître de conférences, Lancelot Pecquet est consultant, chercheur et enseignant en stratégie, management et sciences numériques. Au sein de Will Strategy, société qu’il a fondée en 2011, il accompagne les entreprises et le secteur public face aux défis d’un monde en pleine mutation (révolution numérique, nouveaux modèles économiques, réseaux sociaux, collaboration massive, globalisation...). Il anime notamment le groupe de prospective sur les business models numériques de l’Institut Mines-Télécom, auquel participent les entreprises de la Fondation Télécom (Alcatel Lucent, BNP Paribas, Google, Orange, SFR...) et enseigne la stratégie et l’entrepreneuriat à l’ESSEC. Il est également expert auprès d’Etalab, service du Premier ministre en charge de l’ouverture de la gouvernance et des données publiques.

Après avoir remarqué que la question de la France avait une longue tradition d’enseignement de qualité, ouvert à tous et gratuit, Lancelot Pecquet propose dans cette présentation une analyse du phénomène des MOOCs.

Après quelques définitions et chiffres, il décrit l’évolution des contraintes pédagogiques : avec les MOOCs, plus besoin de découper son cours par tranche d’une heure, plus de contraintes liées aux salles dont l’occupation doit être optimisée, etc. Les modes d’évaluation sont également revisités : de nombreuses expériences sont actuellement en cours, notamment autour de l’évaluation par les pairs et l’évaluation automatique.

Plusieurs modèles de plates-formes de MOOC et, plus largement, d’enseignements en ligne sont pris pour exemples et mis en perspective dans cet exposé, pour la formation initiale comme pour la formation continue : Coursera, Udacity, EdX, mais aussi Udemy, Khan Academy, Lynda.com, Busuu, Duolingo ainsi que des plateformes connexes de “tutorat en ligne” : Coursepods, LearningShelter.

Lancelot Pecquet reprend le constat fait par Jean Chambaz, président de l’UPMC, d’un retard français sur le sujet des MOOCs. Beaucoup de questions liées aux modèles économiques font encore particulièrement débat. L’ouverture implique-t-elle que les cours soient tous gratuits et ce, pour tous les apprenants ? Peut-on envisager des modèles freemium ? Qui d’autre peut payer ? L’état, les universités, les entreprises ? La réflexion sur les modèles économiques, pour être complète et cohérente, doit également être envisagée des points de vue de toutes les parties prenantes. En termes économiques, il est clair qu’il existe un « cercle vertueux » des MOOCs : plus les coûts sont bas, plus les inscriptions augmentent, plus les coûts peuvent baisser à nouveau. Les modèles d’affaires ne sont pas encore bien définis mais le rôle de plateforme d’intermédiation entre producteurs (universités et enseignants, ces derniers étant parfois bien payés pour leurs cours) et consommateurs de contenus (étudiants, apprenants) attise l’intérêt et attire les capitaux, tout en ayant une réelle capacité à changer fondamentalement la manière dont on accède au savoir.

Enfin, Lancelot Pecquet propose que les MOOCs s’inscrivent dans une stratégie française et européenne d’« open government » en lien, par exemple, avec un programme de lutte contre un chômage qui atteint des records.

Au final, l’enjeu est clair : un tsunami arrive. Va-t-on se donner les moyens de “surfer” la vague ou risque-t-on d’être balayés?

Slides de Lancelot Pecquet (PDF)

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Pierre Dubuc (Simple IT / Le Site du Zero): Histoire et vision du Site du Zéro

Pierre Dubuc est co-fondateur et président de la société SimpleIT. La startup SimpleIT anime le Site du Zéro. Elle emploie actuellement 25 personnes et a récemment levé 1.2 millions d’euros. Le Site du Zéro aujourd’hui, en quelques chiffres, c’est 2 millions de visiteurs uniques par mois, 500.000 membres, 15.000 pages de cours originaux, et un chiffre d’affaire de 1,3 millions d’euros. Des chiffres impressionnants pour un projet débuté en 1999 par un collégien de 13 ans, Mathieu Nebra.

Dans cet exposé, Pierre Dubuc présente tout d’abord l’histoire et les facteurs clés de succès d’un site d’enseignement en ligne tel que le Site du Zéro. Il présente ensuite les projets de développement de son entreprise et ses ambitions pour les années à venir.

Le Site du Zéro est spécialisé dans les tutoriels en informatique, sciences et entreprise. Son modèle économique est le suivant : 50% media (publicité, recrutement, opérations sociales), 50% marchand (édition de livres papier, d’e-books, abonnements premium).

Plus de 1000 personnes rédigent des cours pour le Site du Zéro. Du fait d’une grande exigence sur la qualité, 75% des cours proposés sont refusés. Dans la mouvance du Peer 2 Peer Learning, les cours retenus sont améliorés de façon collaborative : il s’agit d’animer une communauté et de l’accompagner au mieux dans ce travail. Les cours sont multi-supports (texte, vidéos, exercices…) et sont exportés dans tous les formats possibles (ebooks, livres, pdf, mobiles). Des services nouveaux ont récemment été proposés : du Print On Demand et des workshops avec les producteurs de contenus.

Fort de son succès, Simple It souhaite devenir une référence dans l’e-learning. L’entreprise a lancé un projet R&D avec le soutien financier du plan investissement d’avenir de l’état : la plateforme C.L.A.I.R.E, une plate- forme open-source collaborative, dont les nouvelles fonctionnalités sont régulièrement testées directement en production sur le site du Zéro pour pouvoir disposer rapidement de retours des utilisateurs.

Le stratégie de développement de l’entreprise inclut également une diversification des thématiques et des contenus, avec notamment l’ouverture à la thématique “entreprise et management”, ainsi qu’une ouverture à des partenariats avec des universités et des écoles (co-création de moocs, certifications etc.).

Slides de Pierre Dubuc (PDF)

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Aspects pédagogiques et sociaux

Mathieu Cisel (ENS Cachan): MOOC : quelles pédagogies pour quels objectifs?

Matthieu Cisel est doctorant en TICE à Normal'SUP Cachan. Il fait partie du Laboratoire STEF et s’intéresse à la conception et la pédagogie des MOOCs. Il analyse ici le MOOC GdP (Gestion de projet) dont il a été l’un des animateurs. Après avoir évoqué les différents points à prendre en compte lors de l’organisation d’un MOOC (interactions, contraintes, ressources,...), il souligne un enjeu majeur de ces cours : l’évaluation.

Cette question était d’autant plus importante dans le MOOC GdP que plusieurs certifications étaient proposées. Face aux limites de l’évaluation automatisée, l’évaluation par les pairs a des avantages certains. Cependant, si elle incite les apprenants à monter en compétences de façon autonome, elle doit malgré tout être solidement encadrée et une formation des apprenants est nécessaire. La gamification (badges, points) pourrait aussi participer à son amélioration.

Matthieu Cisel évoque également la question du taux d’achèvement et de la typologie des apprenants : le MOOC GdP a eu peu d'abandons et a réuni des profils variés, dont une majorité de cadres. La plupart des inscrits n’avait jamais suivi de formation en ligne. Si ce cours a permis de nombreuses interactions (Google Hangout, Twitter, Wikiversité…), la nécessité de lieux de coworking est bien réelle. La question du rôle de la communauté du libre et de wikipédia dans les MOOCs a également été posée.

Une deuxième édition du MOOC GdP sera lancée le 16 septembre 2013.

Slides de Mathieu Cisel (PDF)

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Christian Queinnec (Université Paris 6): La correction automatisée dans les MOOC

L’UPMC a mis en œuvre depuis 2001 un système de correction automatisée des programmes de ses élèves. Des deux expérimentations réalisées par l’université, le professeur Christian Queinnec retient que la correction automatisée a l’avantage d’être uniforme et inlassable. Il importe, entre autres, d’utiliser une notation progressive, de verbaliser le processus, et d’éviter les interrogations directes. De nombreuses précautions techniques doivent être prises au préalable : recherche des bugs, confinement des programmes des étudiants et des professeurs…

L’infrastructure de correction, FW4EX, est fonctionnelle depuis 2008 : 64 exercices déployés, 36.000 corrections, 650 étudiants concernés. Ses apports : moins de maintenance, mémorisation des soumissions, indépendance via les outils du marché, réutilisation des exercices…

Ensuite, Christian Queinnec a fait part de son analyse sur les MOOC. La réalisation de MOOCs à partir de ressources conservées en ligne, demande de nombreuses améliorations notamment en ce qui concerne le chapitrage, l’évaluation, l’organisation des communautés. Le passage au “Tout-MOOC” impliquerait d’unifier les programmes, de donner une valeur universelle au crédits ECTS (European Credits Transfer System) et de classer les universités par valeur ajoutée. Mais les apprenants ne pourraient pas se contenter uniquement de MOOCs, du fait de la variété de leurs profils et aspirations. De plus, le principe même d’utiliser les cours de quelqu’un d’autre viendrait à l’encontre de la logique française. Les MOOCs, c'est aussi moins de concepteurs de cours, mais plus d’animateurs et d’investissements pour créer des cours attractifs. Les questions du calcul du temps de service et celle de la reconnaissance des auteurs seront également complexifiées.

Slides de Christian Queinnec (PDF)

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Aspects technologiques

Stefane Fermigier (Abilian): un MOOC c'est un réseau social

Stefane Fermigier est le fondateur de la société Abilian, qui se lance dans l’accompagnement à la construction de MOOCs. Pour lui, un MOOC est avant tout un réseau social. Les entreprises 2.0 doivent adapter leurs moyens techniques aux enjeux de l’économie de la connaissance en privilégiant l’usage des wikis, blogs, réseaux sociaux… Tous ces éléments se retrouvent dans les MOOCs. Les technologies utilisées dans ces cours sont variées : web, vidéo, mobile, Cloud, Big data, développement agile...

Les fonctionnalités élémentaires du MOOC sont : le marketing (mise en avant de l'offre pédagogique), la rédaction et la capture vidéo, la gestion des identités, la transmission des savoirs, la gestion des interactions, le travail en groupe, l’évaluation des acquis, le suivi des performances, l’expérimentation et l’adaptabilité.

Les MOOCs soulèvent de forts enjeux marketing en France : il faut mettre en avant des «marques», présenter l’offre de façon attractive, opter pour le multilinguisme, gérer les métadonnées (dublin core), optimiser le référencement.

Pour Stefane Fermigier, la préparation du cours est plus importante que la technologie employée. La qualité doit être au rendez-vous tant dans le contenu que dans l’apparence. Il évoque également la question du mlearning pour les MOOCs : faut-il adopter la stratégie du «mobile first» pour ce type de cours ? Les MOOCs présentent en effet des possibilités d'expérimentation intéressantes notamment sur la non-linéarité des séquences pédagogiques ou sur la question de la gamification.

Stefane Fermigier a présenté lors de son discours le prototype d'Abilian, appelé LE MOOC, qui sera 100% open-source. Il s’agit à la base d’une plate- forme de reséaux sociaux adaptable aux besoins des MOOCs (xMOOC, cMOOc). Ce projet sera bientôt disponible sur Github.

Slides de Stefane Fermigier (PDF)

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Alberto Abella (UNED): Openmooc: Is good to be open?

Alberto Abella, de la société Rooter, a fait un retour d'expérience très complet sur la genèse de la plate- forme OpenMOOC. En juillet 2012, l'UNED (Universidad Nacional de Educación a Distancia) en espagne s'est donné 7 semaines pour créer un MOOC (deux cours, avec plate-forme incluse). En septembre, l’équipe a pu lancer UnedComa, basée sur la solution open-source développée pour l’occasion, OpenMOOC.

Le développement de cette plate-forme et son amélioration s’est faite par le biais de l’expérimentation. L’équipe a dû apprendre constamment de ses erreurs afin d’affiner les caractéristiques du produit au fur et à mesure. Les questions étaient nombreuses : quelle structure pour un MOOC ? Quelle interface pour les étudiants, les enseignants ? Comment gérer l’afflux d’étudiants, l’envoi massif de mails ? Quelles solutions de monitoring mettre en place ? Quelle certification, quelle monétisation ? Les développeurs ont beaucoup utilisé le site de questions/réponses Stack Overflow pour se guider.

Un travail en collaboration s’est fait en partenariat avec la multinationale télécom Telefonica pour la conception de Wemooc, qui s’est beaucoup inspiré d’OpenMOOC (il s’agit d’une version Java d’OpenMOOC, qui est codé en Python). La plate-forme Aprendo a également été créée.

Aujourd’hui, plus de 120.000 étudiants sont utilisateurs de la plate-forme. 10 personnes ont travaillé en tout sur le projet, mais pas à plein-temps (en mai, 5 personnes y ont travaillé environ 200 heures). L’UNED propose des certificats de complétion. Les professeurs sont rémunérés avec une petite partie de la vente de ces certificats.

Slides d'Alberto Abella (PDF)

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Retours d’expérience

Jingjing Xu (Nexedi): MOOC OSOE (One Student One ERP) based on ERP5

Le 27 Février dernier, SUPINFO et TU ont lancé le MOOC OSOE (One Student One ERP) basé sur ERP5. ERP5 est un ERP (Entreprise Ressource Planning) open-source crée par la société Nexedi.

Dans ce MOOC, 1500 étudiants dans 12 pays ont appris à se mettre dans la peau d'un consultant ERP et à adapter la configuration d’un ERP aux besoins de chaque cas présenté. Le cours a duré deux mois et 30 professeurs y ont participé. Dans sa présentation, Jingjing Xu nous présente ce MOOC.

Le MOOC OSOE combine de nombreux outils et technologies sophistiqués. La plate-forme comprend de nombreuses fonctionnalités : SlapOS (qui fournit des instances ERP5 configurées automatiquement), un système de Cloud Computing, des outils comme ERP5 Artificial intelligence ou le logiciel de rédaction de documents HTML5 Run MyDocs….

De grands efforts ont été fournis pour tout ce qui concerne l’évaluation des apprenants. En effet, un système de correction perfectionné a été mis en place dans le MOOC. Il s’agit d’un système de correction multi-couches qui gère l’uniformisation des corrections, les notations, des suggestions automatiques de correction... Tout cela a été mis en œuvre afin d’accompagner et d’améliorer le travail de notation des professeurs.

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Remi Bachelet (EC Lille): Conception et gestion d'un MOOC: retours sur le xMOOC "gestion de projet"

Remi Bachelet est chercheur au Laboratoire de Modélisation et de Management des Organisations (LM2O), et maitre de conférences et à l’Ecole Centrale de Lille. Il a lancé le premier xMOOC français sur le thème de la gestion de projet.

Cette première expérience de Mooc certifiant, a rassemblé plus de 3500 apprenants francophones qui ont pu suivre le cours depuis plus d’une douzaine de pays dans le monde. Mené volontairement dans le cadre d’une approche expérimentale et avec relativement peu de moyens, ce premier xMOOC s’est distingué de manière remarquable par un fort taux de réussite en comparaison des taux de réussite moyens observés dans ce type de cours (aux alentours de 2 à 8%). Le nombre brut de personnes ayant réussi était de 1.330, le taux de no- show (non-présentation) de 34% (au lieu de 70% pour un MOOC américain). Les objectifs du MOOC étaient les suivants : avoir plus de 1000 inscrits, un taux de réussite élevé, être facile d’accès et contribuer à l’essor des MOOCs francophones.

Dans cette présentation, Remi Bachelet nous livre un retour d’expérience fort utile depuis la genèse du projet jusqu’à sa réalisation et son évaluation. La plateforme utilisée était Canvas de la société Instructure. De nombreux outils ont également été utilisés : Google Group, Google Plus, Google Drive, Facebook, Twitter, Mails, Vidéos, et Doodle pour l’évaluation par les pairs.

Pour être un succès, un MOOC nécessite avant tout une solide équipe d’animation (7 personnes largement bénévoles), une bonne étude de cas (rédigée par un prof avec l'aide d'une étudiante), quelques centaines de questions à choix multiples, un effort de communication, l’enregistrement d’une vidéo toutes les semaines, un support de la plateforme technique, assurée dans ce cas précis par l’entreprise Unow.

L’audience visée par ce Mooc était large et le public très hétérogène. Afin de satisfaire un maximum de monde, trois types de certificats étaient proposés. Chacun avait une pédagogie différente. 2 heures de travail par semaine étaient nécessaires pour un certificat basique, 4 à 8h pour version approfondie, 12h pour la version équipe.

Pour Rémi Bachelet, un studio n’est pas nécessaire pour faire un MOOC : l’usage de powerpoint avec incrustation d'une vidéo auto-filmée suffit. Un MOOC nécessite en revanche beaucoup d'ingénierie pédagogique, de communication, de community management.

La phase pré-MOOC a été importante pour la réussite du projet. Un Google Group a été utilisé pour prendre les préinscriptions et animer la communauté du futur cours. Un hastag #MOOCGdP a été créé pour Twitter. Le mail était utilisé pour envoyer la newsletter du MOOC et les annonces de Canvas. Le site web, qui compte plus de 14.000 visiteurs par mois, servait aussi de relais, mais également de backup pour les support (diapos, vidéos, téléchargements..). Google Drive a accueilli les FAQ et newsletters.

Rémi Bachelet évoque deux points critiques : celui de la certification, et celui de l’acquisition de trafic : quel sera le portail des Moocs francophones ? Quels seront les critères pour y figurer ? Il évoque également quelques freins à la réalisation de ces cours, notamment les services informatiques des universités et les considérations juridiques, qui peuvent se révéler des freins pour lancer un MOOC.

Rémi Bachelet appelle les acteurs qui le souhaitent à se lancer dans l’aventure MOOC et les incite à ne pas attendre d’éventuels financements. Il n’est pas nécessaire d’avoir un gros budget pour concurrencer les plus grands (le budget finicier du MOOC GdP était de 400€ le principal venant du temps et de la compétence des bénévoles).

Un MOOC GdP 2 ouvre le 16 septembre prochain et un MOOC bilingue RdP (Résolution de problèmes) est en projet pour 2014.

Sur cette intervention “concevoir et animer un MOOC” :

Slides de Remi Bachelet (PDF)

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Autres contributions de Remi Bachelet sur les MOOC

Hubert Kadima (EISTI): Le MOOC du projet IDEFI PLACIS (Plateforme Collaborative en Ingénierie Système)

Le Projet ANR PLACIS (PLateforme d’Apprentissage Collaboratif en Ingénierie Système) est une IDEFI (Initiative d'Excellence en pédagogies innovantes), lancée il y a maintenant deux ans (en partenariat avec Dassault Systèmes). Il s’agissait de faire collaborer les élèves de 3 Grandes Ecoles d’Ingénieurs (SupMéca, EISTI, SupMéca) du Collégium Ile de France à l’apprentissage collaboratif en mode projet impliquant pour chaque projet au moins un industriel et la collaboration avec les étudiants d’une université étrangère. L’équipe en charge du développement de la plateforme bénéficiait déjà d’une expérience sur la question : elle avait notamment participé à des projets antérieurs de eLearning, reposant sur la technologie Cloud, qui avaient été mis en oeuvre en Ile de France.

Dans cet exposé, Hubert Kadima détaille la forme de la plateforme de MOOC qui a été choisie comme noyau fonctionnel. C’est la solution Class2Go de Stanford, basée sur le framework Django, qui a été utilisée (l’Université de Stanford a récemment annoncé que cet outil allait fusionner avec la plate-forme Edx). La plate-forme développée est basée sur des outils collaboratifs récents (Catia V6, SwYm de Dassault Systems). Une grande attention a été portée sur sa conformité aux standards de formation, notamment SCORM/CMI-5 et IMS-Learning Design (qui concernent notamment le packaging des ressources pédagogiques, le traitement des métadonnées apprenants, les ontologies des connaissances). Les interactions entre composants et acteurs de l’environnement sont conformes à l’architecture LTSA (Learning Technology Systems Architecture)

La plateforme PLACIS prône une approche d’apprentissage adaptative centrée sur l’apprenant et le suivi permanent de l’évolution de ses connaissances par le biais d’un moteur sémantique de recommandation, la possibilité de collaboration en environnement social web 2.0, la facilitation de l’accès aux ressources et services pédagogiques (Cloud, accès mobile) et la création de scénarii pédagogiques. Au niveau de l’évaluation, des learnings analytics sont aussi utilisées.

Slides de Hubert Kadima (PDF)

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Conclusion : Roberto Di Cosmo

Roberto Di Cosmo est vice-président du groupe thématique Logiciel Libre du pôle Systematic, professeur à l’université Paris 7, et directeur de l’IRILL (Initiative de recherche et d’innovation sur le logiciel libre).

En conclusion, Roberto Di Cosmo pointe la multiplicité des approches technologiques présentées durant l’évènement en distinguant notamment des approches “from scratch” et des approches de type “mashup technologique”. Par la suite, il souligne également la difficulté du passage à l'échelle de ce type de plateforme web, mais aussi des outils ou moyens mis en oeuvre pour la correction des exercices et la certification des apprenants.

Roberto Di Cosmo rappelle aussi à l'issue de ce workshop l'envie à priori partagée par de nombreux enseignants, de se lancer dans la construction de Moocs, tout en pointant la nécessité de trouver des modèles d’incitation et de rémunération viables pour les enseignants au regard des investissements en temps nécessaires.

Remerciements:

Le GT LL de Systematic remercie tout particulièrement Mia Ogouchi, Inria, projet uTOP pour sa contribution à la rédaction de ces actes, ainsi que Sylvestre Ledru, de IRILL, pour la captation video.


Organisateurs / Sponsors